Politiques de soutien à la transformation digitale

État, région

Hypothèses

Durant 2 ateliers d’une journée, l’ensemble des 12 dossiers prospectifs a été présenté aux membres du groupe qui pouvaient les commenter et les compléter. A partir des éléments du dossiers, les hypothèses d’évolution des macro-variables ont été construites collectivement en distinguant :

 

  • Les hypothèses tendancielles : qui renvoient aux dynamiques en cours.
  • Les hypothèses contrastées : qui reprennent les incertitudes, les controverses, les germes de changement.
  • Les hypothèses de rupture : qui renvoient aux ruptures.


 


Hypothèse tendancielle : Les pouvoirs publics mettent en place les conditions nécessaires pour rattraper le retard et développer l’industrie du futur en France.


« La France accuse un retard important en termes de transformation digitale », c’est le titre d’un article récent paru dans la revue Stratégies[1]. Afin de rattraper ce retard, les pouvoirs publics (Etat-régions) tendent à développer les conditions nécessaires (infrastructures, logistique et financement) pour aider les entreprises à se digitaliser.


La communication

L’Etat élabore une stratégie de communication visant à sensibiliser le plus grand nombre d’entreprises (TPE, PME, ETI et grands groupes) à la transformation digitale. Des comptes médias sociaux et des sites web, tels que FranceNum.gouv.fr, sont créés spécifiquement pour relayer en continu de l’information sur les opportunités offertes par le digital. France Télévision produit une nouvelle série télévisée qui prend le contrepied de Black Mirror en mettant en avant le potentiel des technologies. Plusieurs conférences sont organisées en marge de grands salons tels que VivaTech pour permettre aux entreprises innovantes d’exposer leurs produits et de rencontrer des investisseurs.


Les investissements

Les pouvoirs publics continuent à déployer des initiatives au niveau du territoire en cohérence avec les politiques nationales. Les décisions nationales sont très vite reprises au niveau des régions et les politiques de soutien en région se déclinent sur tout le territoire. Ces investissements permettent à un plus grand nombre d’entreprises de développer leur usine 4.0 (notamment fabrication additive, cobot et automatisation), que ce soit des TPE / PME ou des grands groupes. Par exemple, le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales a présenté lors du Salon du Bourget un plan industrie du futur sur trois ans (2019-2022) qui doit permettre l’accompagnement de 300 PME.


La recherche

Les pouvoirs publics accordent aussi des moyens aux universités pour accompagner le développement de compétences et le déploiement de technologies. Par exemple, l'Université de Reims Champagne-Ardenne a inauguré un système de calcul haute performance Romeo d'une puissance de 1 pétaflop/s. Le financement de ce centre de calcul régional a été le suivant : 2,6 M€ pris en charge par le Feder, 1 M€ par la Région et 1 M€ également répartis entre Le Grand Reims et L’Université de Reims Champagne-Ardenne. L’Etat contribue pour sa part à hauteur de 633 K€[2]. Dans la Région Grand Est, les 9 universités du Rhin pourront aussi réfléchir au déploiement de technologies similaires.

Il y aura aussi un re-questionnement des pôles de compétences (équivalent des landers allemands) organisés par thématique. On peut envisager que les pouvoirs publics feront le choix de développer les compétences en Intelligence Artificielle (dans le sillage du rapport Villani) et celles sur l’analyse des données.

Une autre tendance forte semble être la coordination des efforts de recherche menés dans les universités. Les initiatives R&D mêleront de plus en plus des fonds publics et privés. En outre, il est envisageable de penser que le crédit impôt recherche, un dispositif ancien bien maîtrisé aujourd’hui par les acteurs, sera maintenu.

 

 

Hypothèse contrastée : Les organisations n’utilisent pas les politiques de soutien


La communication

Les ambitions politiques en restent au stade des discours et ne sont pas suivies dans les faits, notamment par peur de poursuivre des politiques qui détruiraient des emplois. Ainsi, l’Etat adopte une stratégie de « technowashing », un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé dans le but de se donner une image trompeuse de pays innovant et très favorable aux technologies.


Les investissements

Les rares élus locaux qui développent des politiques de soutien pratiquent le clientélisme créant ainsi un manque de confiance dans la neutralité de l’Etat et les choix qu’il opère. Par conséquent, les entreprises remettent en cause les politiques publiques de financement et décident de s’auto-organiser entre elles. Cela maintient un rythme de transformation digitale très lent.


La recherche

Les chercheurs, peu dupes de cette communication trompeuse, décident de s’appuyer sur des financements internationaux pour faire avancer leurs travaux. Un grand nombre de chercheurs travaillant dans les disciplines STEM (Statistiques, Technologie, Engineering, Mathématiques) s’expatrient à l’étranger.

 

 

Hypothèse de rupture : Les politiques publiques sont mises au service de la sauvegarde des emplois


La communication

Le « negative hype » est si important au sujet des effets néfastes de la digitalisation que les acteurs publics finissent par réorienter les politiques publiques sur la sauvegarde des emplois. Les politiques à destination du soutien de la transformation digitale sont fortement critiquées et donc stoppées. La communication du gouvernement est très négative vis-à-vis de la digitalisation : des campagnes de communication anti-technologie et contre la déshumanisation du travail se développent (publicité dans les médias traditionnels et sur Internet).


Les investissements

L’Etat fait le choix de limiter le déploiement de la robotisation et des autres technologies au profit du maintien des emplois. Les entreprises du secteur de l’industrie sont même récompensées pour ne pas avoir investi dans l’automatisation et avoir sauvegardé leurs emplois. On assiste ainsi à un large mouvement de désinvestissement lié à l’automatisation, ce qui accroît encore le retard de développement de la France.


La recherche

L’efficacité des modèles de recherche public-privé est aussi remise en cause. Les programmes pour la recherche et l’innovation ne soutiennent plus le développement de technologies telles que la robotisation et l’IA.

Les entreprises qui mènent des projets d'innovation technologiques, comportant des travaux de recherche industrielle et/ou de développement expérimental, ne sont plus soutenues par l’Etat. BPI France fait le choix de privilégier les financements pour l’économie sociale et solidaire au détriment des financements à destination des startup.
 

[1] http://www.strategies.fr/emploi-formation/management/4030873W/-la-france-accuse-un-retard-important-en-termes-de-digitalisation-.html

[2] https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-l-universite-de-reims-se-dote-d-un-supercalculateur-de-1-pflop-s-73008.html
 

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